19 août 2008

Mats smoke ...

Un mur percé d'une ouverture en travers de la scène, des escaliers sur la droite et des lumières tamisées : avec une grande économie de moyens, Mats Ek plonge le spectateur dans l'intimité d'un couple. Lui vêtu d'un pyjama bleu, elle d'une descente de lit ocre. Sur trois morceaux dépouillés d'Arvo Pärt, duos et solos s'enchaînent, déclinant les thèmes du désir, de la solitude, du déchirement, du rapport homme- femme... Solo for two (1996) est à la danse ce que Domicile Conjugal de Bergman est au cinéma : un regard âpre, mais non dénué d'humour, sur la vie à deux.
Pour cela, Mats Ek puise dans des registres chorégraphiques qui lui sont propres depuis plusieurs années : l'expressionnisme, les gestes du quotidien, le burlesque, la naïveté (grimaces, "galipettes"…), le mouvement "inachevé". Comme certains photographes utilisent le flou ou le bougé dans leurs images, Ek propose une danse que l'on pourrait qualifier elle aussi de "floue", de brute, voire de primitive. Les mouvements sont empreints d'une énergie désordonnée et vibrante, les membres refusent la mise à l'équerre, les portés fuient la pose virtuose. La pièce est courte, spontanée, intense.

 

29 mars 2006

Lymb's Theorem Forsythe

Se dissoudre. Se laisser évaporer.
Le mouvement est en rapport direct avec votre faculté à vous évaporer réellement.*


Limb’s Theorem, triptyque de William Forsythe
créé par le Frankfurt Ballett en 1990, entre au répertoire de la compagnie et conforte le compagnonnage durable avec le chorégraphe américain qui a su replacer le langage classique dans notre époque. Après Steptext, Love Songs, Second detail, Duo, Quartette, Double/Single et plus récemment One flat thing, reproduced, William Forsythe transmet cette pièce majeure au Ballet de l’Opéra de Lyon.

La dynamique, l’instabilité, la précarité des vertigineux déséquilibres aux pointes acérées comme des points dans l’espace, la discontinuité et la faculté à inverser les valeurs classiques, pour s’intéresser à la manière de quitter le mouvement, ont fait de William Forsythe un acteur majeur de la modernité depuis vingt ans.

Avec Thom Willems, son compositeur habituel, et dans des lumières qu’il a lui-même réglées, William Forsythe a observé et transposé dans son art la légèreté, la transparence et la délicatesse de certaines architectures contemporaines. Jeu de lignes, jeu des ombres, animées de fulgurantes accélérations, dans Limb’s Theorem William Forsythe explore l’abandon total du corps à l’espace pour un véritable éloge de la disparition.

“Bienvenue à ce que vous croyez voir”*
* William Forsythe

En résonance avec la Biennale d'Art contemporain de Lyon

L'Opéra de Lyon